Les Misérables : de Clichy-Montfermeil à San José [es]

Mardi 18 février, l’avant-première du film Les Misérables de Ladj Ly qui s’est déroulée au Cinépolis Terramall a réuni près de 300 personnes dont de nombreux membres de la communauté francophone au Costa Rica.

Lorsque l’on parle de la France, on a souvent l’image de Paris et des grandes villes, leurs monuments historiques, leur architecture, leur organisation bien réglée... Pourtant, la France, c’est aussi les banlieues et leur réalité dont on a souvent moins conscience.

Après avoir grandi dans la banlieue de Clichy-Montfermeil, c’est cette réalité parfois un peu honteuse et inavouée que le réalisateur Ladj Ly a voulu donner à voir sur grand écran.

Si les clichés des films de banlieue sont présents dans une certaine mesure, le film se démarque aussi par sa justesse, qui tient notamment à de fortes racines documentaires. Ladj Ly avait en effet tourné plusieurs reportages auparavant et il évoque dans Les Misérables des événements qui ont profondément marqué les banlieues à l’image des émeutes de novembre 2005.

Le film retrace ainsi l’itinéraire des banlieues, depuis leur construction dans les années 1960 sous le signe de la fierté de belles promesses sociales et d’inclusion de la part de l’État. Néanmoins, on voit la situation se dégrader à travers des scènes d’enfants qui jouent dans la rue livrés à eux-mêmes. On peut voir également des bâtiments délabrés, des échanges entre les frères musulmans, un habitant qui s’improvise maire alors que le maire officiel est absent.

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En somme, Ladj Ly décrit la misère de zones laissées pour compte, les manquements de l’État face à une population vulnérable. il souligne les points de rupture et montre comment la défiance, la colère et la violence caractérisent les rapports entre les banlieues et les pouvoirs publics, souvent associés aux policiers, et à quelles dérives graves ces rapports ultra-tendus peuvent conduire bien qu’il y ait une volonté de s’en sortir. Ce basculement transparait aussi dans le duo des deux policiers protagonistes avec d’une part, un agent qui arrive de Normandie et qui s’applique à respecter les règles tandis que son collègue, cynique et corrompu, a cessé depuis longtemps d’honorer les promesses de la République.

Vous l’aurez compris, comme le suggère le titre et le synopsis adapté à notre réalité contemporaine, les clins d’œil à l’œuvre de Victor Hugo sont nombreux. En témoigne la phrase sur laquelle s’achève le film : « Mes amis, retenez ceci, il n’y a ni mauvaises herbes ni mauvais hommes. Il n’y a que de mauvais cultivateurs. »

Les Misérables a été très bien accueilli par la critique, ce qui lui a valu l’obtention du Grand prix du Jury au Festival de Cannes, mais aussi une nomination aux Oscars dans la catégorie des meilleurs films étrangers ou encore aux Golden Globes.

Le film sera proposé en séances publiques dans les prochains jours sur le réseau de salles de Cinépolis.

Dernière modification : 18/03/2020

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